Actualités #Plateformes de #Téléconsultation, les atouts et les limites

#Plateformes de #Téléconsultation, les atouts et les limites

Plateformes de téléconsultation, des atouts et des limites

Des dizaines de sites connectent patients et professionnels de santé. Une médecine disponible partout et tout le temps, mais à quel prix ?

Jacques le dit sans détour : la télémédecine lui a « sauvé la vie ». C’était l’été dernier. En vacances « au fin fond de la Bretagne », ce retraité est pris de vives douleurs à la poitrine. Il craint l’infarctus. « Le premier médecin était à 7 km, l’hôpital à 15 ou 20 km »,se souvient cet habitant du Havre. « Incapable de conduire », tout comme sa femme, qui s’est cassé le bras la veille, il retombe sur un mail de sa complémentaire santé. Il y est question d’une plateforme, Médecin direct, grâce à laquelle les assurés peuvent consulter un docteur en ligne.

 

Jacques tente le coup. « Trois minutes plus tard, un médecin me répondait. Il m’a posé une série de questions sur mes symptômes, d’abord générales puis de plus en plus précises », détaille Jacques, qui reçoit rapidement une ordonnance pour un scanner. Ce dernier révélera un sérieux « pépin pulmonaire » à côté duquel son médecin traitant était passé. Depuis, Jacques a régulièrement recours à la télémédecine, qui lui facilite grandement la vie et représente, selon lui, « une solution aux déserts médicaux ».

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Une multitude de plateformes

 

Reste à savoir vers quelle plateforme se tourner. Livi, Qare, Avec mon doc, Dokiliko, Leah, Hellocare, Medicitus… Elles ont essaimé ces dernières années, en particulier depuis que la téléconsultation est remboursée par l’assurance-maladie.

En 2019, le spécialiste de la prise de rendez-vous médicaux en ligne, Doctolib, a lui aussi fini par se lancer, fort de son réseau de 70 000 professionnels de santé. Mais comment faire la différence entre ces services, quand tous vantent la qualité sans pareil des médecins et une réactivité inégalable ?

Né en 2015, Mesdocteurs est l’un des pionniers du secteurMédecine générale, dentaire, gynécologie, orthopédie, ophtalmologie, psychiatrie : des dizaines de spécialités sont couvertes. « La plateforme possède le plus gros pool de médecins, et comptabilise plus de 150 000 mises en relation entre un patient et un professionnel de santé depuis sa création », souligne sa directrice générale, Marie-Laure Saillard. La mise en relation avec un praticien est garantie en moins de trois minutes, sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Un atout pour les patients comme pour les soignants, qui aspirent « de plus en plus à mieux aménager leur vie professionnelle », observe Marie-Laure Saillard. Comblant les trous ou les rendez-vous annulés, la télémédecine se glisse dans les interstices de leur emploi du temps, sans déborder sur le reste.

Plateformes de téléconsultation, des atouts et des limites

Une souplesse qui a décidé la docteure Victoria Tchaikovski à tenter l’expérience. Pour cette jeune médecin installée en libéral à Paris, la pratique de la télémédecine s’est imposée naturellement. « C’est un mode d’exercice stimulant et très satisfaisant, explique-t-elle. Non seulement, on rencontre beaucoup de patients, mais on intervient souvent dans des moments de crise, ce qui donne vraiment le sentiment de les aider quand ils en ont besoin, et pas trois semaines après, le temps qu’ils obtiennent un rendez-vous. »

Pour accéder à ce « cabinet virtuel », la docteure Tchaikovski paye chaque mois un forfait. En fonction de l’offre, les tarifs s’échelonnent de 9 € à près de 90 € sur certains sites. Aucun doute, le marché de la téléconsultation a de beaux jours devant lui. De là à soupçonner ces plateformes d’opportunisme ?

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« La téléconsultation a ses limites »

« Beaucoup sont des sociétés commerciales qui font du téléconseil, pas de la télémédecine », met en garde Jean-Paul Ortiz. Pour le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), l’absence de contact physique avec le patient est problématique voire dangereux, en particulier quand la consultation est réalisée par « un médecin qui n’a jamais vu la personne et habite à l’autre bout de la France. On ne peut pas palper un abdomen à travers un écran, mais quand on connaît un patient, on peut repérer une attitude ou des gestes inhabituels », estime-t-il. Conclusion sans appel : « Une téléconsultation de qualité ne peut être faite que par un médecin qui connaît le patient. » Ce qui est rarement le cas sur ces plateformes.

Une difficulté que la docteure Tchaikovski ne nie pas. « La téléconsultation a ses limites, reconnaît-elle. On ne peut pas faire d’examen clinique sans toucher un patient. Cependant notre rôle n’est pas forcément de poser un diagnostic, ni même de faire des ordonnances, mais plutôt de donner les premières consignes. Parfois, on est simplement là pour rassurer et éviter un passage inutile aux urgences ; d’autres fois au contraire, il s’agit d’orienter les cas urgents. »

Une question subsiste : la « e-médecine » ne risque-t-elle pas de perdre en humanité ce qu’elle gagne en rapidité et en disponibilité ? « Nous formons et accompagnons les médecins pour que ce ne soit pas le cas », répond Marie-Laure Saillard, qui signale que la crainte de liens distendus est souvent formulée par les patients. « En réalité, beaucoup d’utilisateurs trouvent les médecins plus disponibles en téléconsultation. On peut avoir une qualité d’échange par écran interposé », affirme-t-elle.

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« On peut tomber sur n’importe quel médecin »

Voilà peut-être le seul regret de Jacques : il ne reverra probablement jamais le médecin qui lui a « sauvé la vie », ni aucun de ceux croisés sur la plateforme. « On peut tomber sur n’importe quel médecin, qu’il exerce à Nice ou à Rueil-Malmaison, et ce ne sera jamais deux fois le même », souligne-t-il, un peu déstabilisé par ce « zapping ».

Une frustration que partagent certains médecins, parfois guettés par un autre piège : celui de ne plus jamais décrocher. « C’est vrai qu’on peut avoir tendance à se connecter sur la plateforme dès qu’un petit créneau se présente », avoue la docteure Tchaikovski. Pas seulement entre deux consultations, mais aussi chez soi, le week-end et certains soirs, « à minuit ou à une heure du matin, quand on ne dort pas ». Au risque de devoir consulter à son tour pour cause de surmenage ?

Source  https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/Plateformes-teleconsultation-atouts-limites-2020-02-17-1201078816