Actualités Les #Gafam ne font pas encore partie de l’#Ecosystème de la #Santé

Les #Gafam ne font pas encore partie de l’#Ecosystème de la #Santé

Jean-David Zeitoun, médecin, entrepreneur, cofondateur de la start-up Inato, spécialisée dans la collecte et le traitement des données nécessaires au lancement d’essais cliniques, détaille les grands enjeux de l’innovation en santé.

Jean-David Zeitoun, médecin, entrepreneur, cofondateur de la start-up Inato, spécialisée dans la collecte et le traitement des données nécessaires au lancement d'essais cliniques, détaille les grands enjeux de l'innovation en santé.

 

Décideurs. Les données sont au cœur aujourd’hui de l’innovation en santé. La France est-elle prête à relever le défi ?

Jean-David Zeitoun. En tout cas, elle s’y emploie. La création et le lancement du Health Data Hub (HDH) vont dans ce sens. Il faudra un peu de temps pour pouvoir observer les effets de cette nouvelle entité, mais le potentiel est très important. En parallèle du HDH – et aussi dans un esprit compétitif – l’assurance-maladie et les hôpitaux de Paris (APHP) se sont rapprochés récemment pour tenter de faire un meilleur usage de leurs données. Et enfin, beaucoup de start-up et de levées de fonds s’y intéressent au premier plan. La qualité des projets s’améliore et c’est bon signe.

Pourtant, les Gafam, qui mènent tous des programmes de santé numérique, n’ont pas su proposer d’outils innovants contre la pandémie ?

Il y a au moins deux raisons. Premièrement, pour faire du big data, il faut de la donnée. Or, et même si on en a produit à un rythme jamais vu dans l’histoire de la médecine pour une maladie, on a manqué de données suffisantes et organisées pour pouvoir faire travailler des algorithmes. Le seul exemple de big data publié jusque-là a été rétracté très rapidement, car il semble que les données aient été manipulées, voire fabriquées.
La deuxième raison est que les Gafam – pour plein de raisons – ne sont pas identifiés comme un partenaire habituel des acteurs de soins. Ils ne font pas encore partie de l’écosystème. La question de la confiance est très importante et il y a encore des suspicions, à tort ou à raison, qui font qu’on hésite probablement à leur confier des données massivement et en urgence dans un contexte aussi angoissant qu’une pandémie agressive.

De son côté, l’industrie pharmaceutique s’est rapidement mobilisée. Mais elle a vite semblé à court de molécules à tester contre le coronavirus. Les pipelines des laboratoires sont-ils en décalage face à ce type de menace ?

Partiellement. Ce n’est pas nouveau et cela ne concerne pas que le coronavirus. Il n’y a pas d’alignement spontané entre les portfolios des laboratoires et les besoins populationnels perçus ou réels. Les choix de R&D des industriels dépendent de plusieurs critères, dont le potentiel commercial évidemment, mais aussi leur historique, leurs opportunités et les coûts de développement clinique. Ces critères sont assez souvent partagés par plusieurs laboratoires et on se retrouve avec des spécialités où l’arsenal thérapeutique est important comme en cancérologie, pour les maladies inflammatoires, certaines maladies rares ou encore les pathologies virales, mais chroniques. Inversement, certaines maladies ont été délaissées, comme les pathologies mentales, mais aussi beaucoup de maladies microbiennes. Les antibiotiques sont peut-être le pire exemple d’une R&D insuffisante.

« Il n’y a pas d’alignement spontané entre les portfolios des laboratoires et les besoins populationnels »

Les pipelines des laboratoires pourraient être plus influencés par les payeurs finaux. Les États-Unis et l’Europe qui sont les deux premiers marchés mondiaux pour la plupart des industriels pourraient spécifier les médicaments qu’ils veulent le plus voir développer. Ils passeraient des accords prédéfinis d’achats, a priori pour garantir aux laboratoires un montant minimum de vente. Cela s’est déjà fait pour les vaccins.

Dernier point concernant la Covid-19, comme il s’agit d’une maladie nouvelle, il n’est pas anormal de ne pas avoir trouvé immédiatement de traitement. Sur plus de 3 300 essais cliniques répertoriés, seules 2 ou 3 molécules ont l’air un peu efficaces. Il y en aura sans doute d’autres. Mais plusieurs chercheurs ont aussi pointé que les recherches fondamentales sur les coronavirus avaient été désinvesties par les organismes publics après l’épidémie de Sars-CoV-1 alors qu’une meilleure connaissance de l’agent pathogène aurait pu aider à concevoir vaccin et traitement.

La souveraineté pharmaceutique est au cœur des débats. Est-il crédible aujourd’hui de réclamer la production en France de molécules anciennes ?

Les industriels ont l’air sceptiques alors que pouvoir public et opinion semblent la réclamer. Clairement, la relocalisation de la production de tous les médicaments, ou ne serait-ce que des médicaments essentiels, serait difficile, coûteuse et longue. L’Europe semble une nouvelle fois la bonne échelle pour concevoir une réindustrialisation partielle dans le sens d’une meilleure autonomie. Là encore, il vaudrait sans doute mieux s’entendre à l’avance sur ce que cela impliquerait en termes d’augmentation de prix des médicaments. Beaucoup de produits pharmaceutiques dits essentiels ne coûtent actuellement aux payeurs que quelques centimes par jour et par patient. Il n’est pas difficile d’imaginer que les marges sont réduites et ne peuvent être préservées qu’en fabriquant à moindre coût, en Inde ou en Chine. Peut-être ces médicaments pourraient-ils être payés un peu plus cher pour permettre une production en Europe.

Propos recueillis par Fabien Nizon