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#Nouvelles #Recommandations #Françaises sur le #SAHOS , l’#Emergence des « #AROS »

Les recommandations françaises sur le syndrome d’apnées‑hypopnées du sommeil (SAHOS) de l’adulte sont en cours de révision — les propositions présentées pour discussion lors du Congrès de pneumologie de langue française (CPLF) à Lille marquent une évolution conceptuelle importante. Publiées initialement en 2010, les anciennes recommandations faisaient largement reposer le diagnostic et la classification de sévérité sur l’index d’apnées‑hypopnées (IAH). Les travaux récents proposés par les groupes de la SPLF et de la SFRMS remettent en cause l’usage exclusif de l’IAH comme marqueur de sévérité et introduisent des précisions diagnostiques et un nouveau concept : les anomalies respiratoires obstructives du sommeil (AROS).

 

Rappels diagnostiques : définitions et mesures

  • Mesure centrale : l’IAH (index d’apnées ou hypopnées) reste la mesure la plus consensuelle pour quantifier les événements respiratoires pendant le sommeil. Il correspond au nombre d’événements obstructifs par heure de sommeil/enregistrement.
  • Seuils courants : le seuil de 5 événements/heure est conservé pour retenir des anomalies respiratoires. Pour les personnes ≥ 65 ans, un seuil de 15/h est proposé compte tenu de la fréquence accrue d’anomalies liées au vieillissement.
  • Critère clinique indispensable : un syndrome (SAHOS) ne peut être retenu en l’absence de symptômes responsables d’une détresse ou d’un handicap cliniquement significatif. Autrement dit, l’IAH seul n’est pas suffisant pour définir un SAHOS.

Organisation et classification des symptômes Les symptômes du SAHOS sont peu spécifiques, subjectifs et variables d’un patient à l’autre. Le groupe propose de les regrouper selon quatre catégories, classées en fonction de leur lien de causalité présumé avec les événements obstructifs :

Indices d’obstruction des voies aériennes supérieures

  • Symptômes directement liés au collapsus : ronflements, apnées rapportées par l’entourage, suffocations nocturnes.

Indices d’altération du sommeil (liés aux événements respiratoires)

  • Sommeil non réparateur, somnolence diurne excessive, insomnie.

Indices mixtes (obstruction et/ou altération du sommeil)

  • Céphalées matinales, nycturie, sueurs nocturnes.

Indices indirects (lien causal discutable)

  • Fatigue, altération de l’humeur, troubles cognitifs, baisse de la libido… ces signes sont fréquents dans la population générale et les données épidémiologiques sont parfois contradictoires.

Pour chaque symptôme il est recommandé de rechercher systématiquement d’autres causes explicatives : habitudes de sommeil, médicaments, consommation de toxiques, pathologies somatiques ou psychiatriques.

Réévaluation de l’usage de l’IAH pour évaluer la sévérité

  • Données récentes (post‑2010) montrent une absence de corrélation consistante entre IAH et :
    • la somnolence diurne,
    • la réponse symptomatique au traitement par PPC (pression positive continue),
    • le pronostic cardiovasculaire.
  • En conséquence, les seuils traditionnels d’IAH (léger 5–15, modéré 15–30, sévère ≥ 30) ne devraient plus être utilisés comme seuls marqueurs de sévérité.
  • Proposition clé : évaluer la sévérité sur des critères cliniques multidimensionnels, pas uniquement sur la somnolence ou sur l’IAH.

Quels critères cliniques pour apprécier la sévérité ?

  • Retentissement global des symptômes sur le patient (qualité de vie, fonctionnement quotidien).
  • Impact familial, relations sociales et vie professionnelle (notamment risque accidentogène lié au métier).
  • Présence d’une détresse ou d’un handicap cliniquement significatif.
  • Identification de comorbidités à risque : hypertension artérielle résistante ou profil « non‑dipper » (absence de baisse nocturne de la PA), BPCO, grossesse à risque, etc. L’idée est d’adopter une approche centrée sur le patient, contextualisée, intégrant qualité de vie et risque clinique.

Examens complémentaires et nouvelles technologies

  • Pas de grands changements proposés pour les modalités diagnostiques classiques (polysomnographie, polygraphie ventilatoire), en raison de l’absence d’innovations technologiques probantes depuis 2010.
  • La place des nouvelles technologies (objets connectés, capteurs grand public, IA d’analyse, etc.) fera l’objet d’un travail séparé ultérieurement.

Introduction d’une nouvelle entité : les AROS (Anomalies Respiratoires Obstructives du Sommeil)

  • Constat : dans la classification internationale ICSD‑3‑TR, un SAHOS peut être défini par un IAH ≥ 15/h même sans symptômes. Le groupe de travail français propose de ne pas retenir ce critère pour définir un SAHOS.
  • Proposition : création d’une entité distincte, les AROS, destinée à regrouper les individus qui présentent des anomalies respiratoires obstructives au cours du sommeil sans symptômes invalidants, mais associés à certaines comorbidités à risque.
  • Définition proposée des AROS : présence d’anomalies respiratoires (mêmes critères d’IAH que le SAHOS) ET soit une HTA résistante et/ou profil non‑dipper, soit une autre situation clinique à forte suspicion de causalité et comorbidité.
  • Objectif : permettre une stratégie de prévention ciblée dans des populations asymptomatiques mais à risque.

Limites du dépistage en population générale

  • Les AROS sont extrêmement fréquentes dans la population générale : avec IAH ≥ 5, prévalence estimée à 84 % chez les hommes et 61 % chez les femmes ; avec IAH ≥ 15, respectivement 50 % et 23 %.
  • Conclusion du groupe : il est déraisonnable de dépister massivement les AROS dans la population générale.
  • Dépistage ciblé recommandé uniquement pour des situations précises où le bénéfice potentiel est attendu :
    • patients avec HTA résistante ou profil non‑dipper,
    • patients atteints de BPCO,
    • grossesse à risque,
    • bilan préopératoire dans des contextes sélectionnés.
  • Non recommandé : dépistage systématique chez les personnes avec obésité, diabète, coronaropathie, insuffisance cardiaque, pathologie vasculaire cérébrale, fibrillation atriale — sauf situation clinique spécifique motivant l’évaluation.

Conséquences pratiques pour le clinicien

  • Diagnostic : maintenir l’IAH pour quantifier les événements respiratoires, mais exiger la présence de symptômes significatifs pour poser le diagnostic de SAHOS.
  • Sévérité : cesser de se limiter aux catégories IAH pour apprécier la sévérité ; privilégier une évaluation clinique complète (retentissement fonctionnel, qualité de vie, risques professionnels, comorbidités).
  • AROS : repérer les populations cibles où un dépistage actif peut modifier la prise en charge (HTA résistante/non‑dipper, BPCO, grossesse à risque, etc.). Eviter le dépistage systématique en population générale.
  • Prise en charge : adapter la priorité et l’intensité du traitement (ex. PPC) en fonction de l’impact clinique et des comorbidités plutôt que d’un seul chiffre d’IAH.
  • Exploration des symptômes : soigneusement rechercher autres causes possibles (médicaments, troubles psychiatriques, mauvaises habitudes de sommeil…) avant d’attribuer les plaintes au SAHOS.

Points d’attention et limites des propositions

  • Les recommandations sont encore en validation ; elles s’appuient sur des données publiées récentes mais nécessitent consensus final et diffusion.
  • Les AROS répondent à un enjeu préventif pertinent mais posent des questions pratiques : qui dépister, comment prioriser les ressources, quel bénéfice réel sur la morbi‑mortalité si l’on traite des patients asymptomatiques ?
  • Les nouvelles technologies et outils de dépistage devront être évalués séparément pour confirmer leur utilité clinique et leur intégration sécurisée dans les parcours de soin.

La révision des recommandations françaises pour le SAHOS opère un tournant conceptuel : elle remet l’humain et l’impact clinique au centre de l’évaluation de la sévérité et du besoin de traitement, tout en proposant une nouvelle entité — les AROS — pour mieux cibler la prévention chez des patients asymptomatiques mais à risque. Pour les praticiens, l’enjeu est d’adopter une approche personnalisée, contextualisée, et de réserver les investigations et traitements intensifs aux situations où le bénéfice clinique est attendu.

 

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Dr  COUHET Eric
CEO #Apnea #Connected #Center.