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#Ombres de la #Nuit : L’#Inattendue #Connexion entre #Ménopause et #Apnées

La ménopause est une période de transition physiologique majeure chez la femme qui s’accompagne de modifications hormonales, métaboliques et corporelles susceptibles d’augmenter le risque et la sévérité de l’apnée obstructive du sommeil (AOS).

I. Données épidémiologiques : la ménopause et l’augmentation de la prévalence de l’AOS

  • Plusieurs études populationnelles montrent une augmentation nette de la prévalence de l’AOS chez la femme après la ménopause, dépendant de l’âge et de l’indice de masse corporelle (IMC). Avant la ménopause, l’AOS est nettement moins fréquente chez les femmes que chez les hommes ; après la ménopause, le risque féminin se rapproche de celui des hommes.
  • Étude clé : Bixler et al. (2001) ont montré que la prévalence de la respiration anormale pendant le sommeil augmente après la ménopause, même après ajustement pour l’âge et l’IMC, suggérant un rôle propre des changements hormonaux et/ou métaux liés à la ménopause.
  • Tendances récentes : des analyses de population confirment une augmentation globale de la prévalence des troubles respiratoires du sommeil, et la ménopause est identifiée comme un facteur de risque important parmi les femmes d’âge moyen à avancé (revues épidémiologiques et études de cohorte).

II. Mécanismes physiologiques provoquant l’augmentation de l’AOS après la ménopause

  1. Perte des effets protecteurs des hormones sexuelles féminines
  • Progestérone : agit comme stimulant respiratoire central et augmente le tonus musculaire des voies aériennes supérieures. La baisse de progestérone après la ménopause réduit ce stimulus ventilatoire, favorisant la collapsabilité des voies aériennes pendant le sommeil.
  • Œstrogènes : contribuent à la régulation du tonus des muqueuses, à la distribution adipeuse et à la régulation vasculaire locale ; leur diminution peut aggraver l’œdème muqueux et modifier la résistance des voies aériennes supérieures.
  • Conséquence : la combinaison d’une diminution de l’excitabilité ventilatoire et d’une plus grande collapsabilité anatomique augmente la susceptibilité aux événements obstructifs pendant le sommeil.
  1. Changements corporels et métaboliques
  • Redistribution graisseuse : après la ménopause, il existe souvent une augmentation de la graisse viscérale et péri‑pharyngée (même sans grand changement d’IMC), ce qui réduit le calibre des voies aériennes supérieures et augmente la résistance à l’écoulement.
  • Prise de poids et syndrome métabolique : prévalence accrue d’obésité centrale, résistance à l’insuline et inflammation systémique post‑ménopausique contribuant au risque d’AOS.
  1. Modifications de l’architecture du sommeil
  • Réduction du sommeil lent profond et augmentation de la fragmentation du sommeil en péri‑ménopause et après la ménopause : moins de « fenêtre » réparatrice et éventuellement plus d’instabilité ventilatoire au cours du sommeil.
  1. Inflammation et tonicité neuromusculaire
  • L’inflammation systémique liée à la ménopause (et aux comorbidités associées) peut altérer la fonction neuromusculaire des voies aériennes et la régulation ventilatoire.

III. Preuves sur l’effet de la thérapie hormonale substitutive (THS)

  • Quelques études observationnelles révèlent que la THS (œstrogènes ± progestatifs) pourrait réduire la sévérité des événements respiratoires du sommeil ou la prévalence d’AOS, probablement via la restauration partielle des effets protecteurs hormonaux sur la ventilation et la muqueuse des voies aériennes.
  • Les résultats ne sont pas uniformes : essais contrôlés randomisés spécifiques sur l’impact de la THS sur l’AOS sont limités ; la THS ne doit pas être utilisée uniquement pour prévenir l’AOS sans peser les bénéfices/risques cardiovasculaires et oncologiques individuels.
  • Conclusion pratique : la THS peut avoir un effet favorable potentiel sur la respiration pendant le sommeil chez certaines femmes, mais sa prescription doit se baser sur des indications médicales générales et une évaluation individuelle des risques et bénéfices.

IV. Représentants de Preuves cliniques et études

  • Bixler EO et al., 2001, Am J Respir Crit Care Med — étude montrant l’augmentation de la respiration anormale pendant le sommeil lié à la ménopause, modifiant de l’âge et de l’IMC.
  • Revues et synthèses (ex. revues sur sommeil & ménopause) discutent des mécanismes hormonaux et métaux liés à la ménopause et AOS (voir références ci-dessous).
  • Études de cohorte et cliniques rapportant une plus grande prévalence d’AOS modérée‑sévère chez les femmes post‑ménopausées comparées aux femmes préménopausées ; Certaines analyses reposent sur la sévérité de l’AOS à des marqueurs métaboliques et inflammatoires augmentés après la ménopause.

V. Conséquences cliniques : pourquoi cela importe

  • L’AOS est liée à de multiples conséquences indésirables : somnolence diurne, altération de la qualité de vie, risques cardiovasculaires (hypertension, AVC, infarctus), troubles métaboliques et déclin cognitif.
  • Chez les femmes ménopausées, ces conséquences peuvent être majorées du fait de la co‑présence de facteurs cardio‑métaboliques et d’un risque cardiovasculaire croissant post‑ménopause.
  • Reconnaissance clinique : les symptômes de l’AOS chez la femme sont parfois moins « classiques » (fatigue, insomnie, troubles de l’humeur) et peuvent être sous‑diagnostiqués — la ménopause doit alerter le clinicien sur la possibilité d’un trouble respiratoire du sommeil.

VI. Recommandations pratiques pour la prise en charge

  1. Dépistage renforcé
  • Interroger exclusivement les femmes en péri‑ménopause/post‑ménopause sur ronflement, pauses respiratoires associées, somnolence diurne, réveils nocturnes et sécheresse/irritation nasale.
  • Utiliser des questionnaires validés (ESS, STOP‑Bang) et orienter vers une polysomnographie ou un enregistrement respiratoire domiciliaire en cas de suspicion.
  1. Gestion multimodale
  • Perte de poids quand c’est indiqué, activité physique, contrôle des comorbidités cardiovasculaires et métaboliques.
  • Traitements spécifiques de l’AOS : CPAP (pression positive continue) comme référence pour AOS modérée‑sévère ; alternatives (appareils d’avancée mandibulaire, chirurgie, positionnement) selon la physiopathologie individuelle.
  • Lorsque la THS est envisagée pour les indications ménopausiques classiques (vasomoteurs, ostéoporose selon profil patient), discutez de ses effets potentiels sur le sommeil et éventuellement de son influence sur l’AOS, en évaluant les risques et les bénéfices.
  1. Suivi et attention au diagnostic différentiel
  • Traiter d’éventuels troubles du sommeil comorbides (insomnie, RLS) qui peuvent masquer ou aggraver les symptômes.
  • Surveillance hygiéno‑diététique et soutien thérapeutique pour améliorer l’adhésion au traitement de l’AOS.

VII. Lacunes et pistes de recherche

  • Besoin d’essais randomisés et d’études longitudinales évaluant l’effet spécifique de la THS sur l’incidence et la sévérité de l’AOS.
  • Meilleure caractérisation des mécanismes (p. ex. effets cellulaires de la baisse hormonale sur les tissus péri‑pharyngés, la ventilabilité centrale et l’inflammation) chez l’humain.
  • Études ciblant la traduction de marqueurs biologiques et d’imagerie en outils pronostiques pour les femmes en péri‑ménopause.

 

La ménopause favorise l’apparition et l’aggravation de l’AOS via une combinaison de facteurs : chute des hormones sexuelles (perte d’effets ventilatoires et muqueux protecteurs), prise et redistribution adipeuse, altérations métaboliques et modifications de l’architecture du sommeil.
Un haut niveau de vigilance clinique, un dépistage actif et une prise en charge adaptée (gestion du poids, contrôle des comorbidités, CPAP si indiqué) sont indispensables chez les femmes en péri‑ménopause et post‑ménopausées.
La THS peut avoir un effet potentiel favorable sur la respiration du sommeil chez certaines femmes, mais son utilisation doit rester guidée par des indications médicales établies et une évaluation individuelle rigoureuse.

Références sélectionnées et ressources (lecture recommandée)

  • Bixler EO, ​​Vgontzas AN, Ten HT et al. Effets de l’âge, du sexe et de la ménopause sur les troubles respiratoires du sommeil chez l’adulte. Am J Respir Crit Care Med. 2001;163(3):608‑613. DOI : 10.1164/ajrccm.163.3.2002098 (étude clé sur la ménopause et AOS)
  • Kapsimalis F, Kryger M. Ménopause et troubles du sommeil. Sleep Med Rev. 2002;6(6):459‑471. (revue sur les relations ménopause-sommeil)
  • Peppard PE, Young T, Barnet JH, Palta M, Hagen EW, Hla KM. Augmentation de la prévalence des troubles respiratoires du sommeil chez l’adulte. Am J Epidemiol. 2013;177(9):1006‑1014. DOI : 10.1093/aje/kws342 (tendances de prévalence)
  • Redline S, Strohl KP, Dmitrovic D et al. Troubles respiratoires du sommeil chez les femmes tout au long de la vie. (revue et chapitres cliniques dans ouvrages spécialisés, synthèse des différences sexuelles)
  • Hoyos CM, Phillips CL, Yee BJ, et al. Effet du statut ménopausique et du traitement hormonal substitutif sur la sévérité de l’apnée obstructive du sommeil chez les femmes présentant des troubles respiratoires du sommeil suspectés. Sleep. 2012;35(5):651‑657. (études évaluant THS et AOS — résultats variables)
  • Pendjabi NM. L’épidémiologie de l’apnée obstructive du sommeil chez l’adulte. Proc Am Thorac Soc. 2008;5(2):136‑143. DOI : 10.1513/pats.200709-155MG (contexte épidémiologique général)
La ménopause est une période à risque pour l’apparition ou l’aggravation de l’AOS. Pour les cliniciens et pour les femmes concernées, il est essentiel d’intégrer exclusivement cette dimension dans l’évaluation des troubles du sommeil et dans la prévention des conséquences cardio-métaboliques associées.

 

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Dr  COUHET Eric
CEO #Apnea #Connected #Center.