
Le #Regard #Perdu d’une #Mère, la #Colère d’un #Fils #Médecin
Il y a des moments dans la vie qui nous marquent à jamais, qui s’incrustent dans notre mémoire comme des ombres indélébiles. L’un de ces moments tragiques est sans doute la perte d’un parent, mais lorsque cette perte se double de l’impuissance face à un système qui échoue à protéger ceux qui nous sont chers, la douleur devient insupportable. Je suis un enfant unique, un médecin dévoué à sa vocation, mais je me trouve aujourd’hui englué dans un sentiment de désespoir face à l’inacceptable réalité de la mort de ma mère.
Ma mère était ma source d’inspiration, ma confidente, celle dont le sourire pouvait dissiper les nuages les plus sombres. Elle m’a appris à aimer la vie dans toute sa complexité, à comprendre et à soigner la douleur des autres. Chaque journée passée à son côté était un cadeau, une leçon sur l’humilité et l’amour, mais tout cela a failli basculer lorsque la maladie a frappé à notre porte. Quand elle a reçu son diagnostic de cancer de la peau, j’ai cru que c’était un combat que nous pourrions mener ensemble, mais j’étais loin de me douter que cela nous plongerait dans les abîmes d’une absurdité bureaucratique.
En tant que médecin, j’ai vu le meilleur du système de santé, mais j’ai aussi été témoin de ses pires échecs. La lumière de l’espoir qui illuminait mon cabinet me semblait soudainement aveuglante alors que je réalisais que les mêmes soins qui sauvaient mes patients pouvaient être frappés d’inaction pour ma propre mère. Comment, alors que je dévouais ma vie aux autres, avais-je pu devenir victime de cette indifférence impensable ? Mon éducation me préparait à soigner, mais pas à affronter l’horreur de l’impuissance face à la souffrance d’un être cher.
Les manquements du système de santé, dictés par des préoccupations économiques et une gestion déshumanisée, ont rendu son combat d’autant plus difficile. Ma mère, dans sa douleur et sa dignité, était un être de chair et de sang, pas un chiffre sur un tableau. Elle méritait tant mieux que cette froideur, cette absence d’empathie qui ne connaît pas sa douleur. La maladie, pourtant déjà accablante, s’est spatialisée dans un processus interminable de rendez-vous manqués, de promesses non tenues. Chaque visite médicale était marquée par une lutte non seulement contre la douleur, mais aussi contre un système qui semblait nous abandonner.
Je revivais ces scènes avec un cœur lourd, incapable d’exprimer ma désolation, enfermé dans un rôle où je devais être à la fois le médecin et le fils, jonglant entre deux identités se heurtant à un douloureux paradoxe. Comment expliquer à ma mère que l’absence d’empathie pouvait faire le poids sur son héritage médical ? Chaque jour passé à ses côtés se transformait en un combat émotionnel, luttant pour lui apporter du réconfort tout en berçant ma propre inquiétude.
Les derniers jours furent les plus dévastateurs. Je me revois assis à son chevet, ses yeux cherchant le réconfort de mon regard, alors que l’angoisse de la perte se mêlait à la douleur de l’injustice. C’était une danse macabre, où l’amour était constamment frappé par la culpabilité de ne pas pouvoir la sauver. Chaque inspiration devenait un adieu, chaque soupir un écho de l’impuissance : comment accepter que même la formation médicale la plus rigoureuse ne puisse rivaliser avec les lacunes d’un système défaillant ?
À mes collègues soignants, je crie d’une voix que j’aimerais entendre plus forte. Que ce soit dans la salle d’opération ou dans un simple cabinet, n’oubliez jamais que derrière chaque patient se cache une histoire, une vie. Bien souvent, nous devenons si absorbés par la technicité de notre travail que nous perdons de vue l’essence même de notre vocation : l’empathie. Si j’ai appris une chose de cette épreuve, c’est que chaque patient mérite d’être vu dans son intégralité, comme une personne, non comme un tableau clinique.
Je n’oublierai jamais le visage de ma mère. C’est une image brûlante, un phare dans l’obscurité de ma douleur, une raison de me battre pour une autre réalité. Mon cœur, bien que meurtri, est toujours un refuge pour son amour, un espace où sa mémoire perdure. Je m’engage à défendre cet héritage d’amour et de compassion, à créer un dialogue autour de la dignité humaine dans le soin. C’est une mission que je prends à cœur, parce que je ne veux pas que d’autres vivent l’horreur d’une expérience similaire, ce déchirement entre la capacité à soigner et l’impuissance devant un système qui ne respecte pas la valeur fondamentale de chaque vie.
Chaque jour, en tant que médecin généraliste, je m’efforce de créer un environnement où chaque patient se sent écouté, respecté et aimé. Je me rappelle chaque regard, chaque sourire, chaque larme, et je cherche à insuffler cette même compassion dans chaque interaction. Au fond de moi, je porte le souvenir de ma mère, et je me bats pour que ses souffrances ne soient pas en vain. Sa voix résonne dans ma tête, me rappelant qu’aimer, c’est aussi faire face à l’injustice, c’est revendiquer le droit de chaque être humain à être soigné dignement.
Je me rends compte que la douleur que j’ai traversée ne peut être balayée sous le tapis de l’oubli. Elle est trop puissante, trop présente. C’est cette douleur qui me pousse à m’engager auprès de mes pairs, à militer pour des changements réels dans notre système de santé. Je souhaite que chaque médecin puisse ressentir ce que j’ai vécu — l’angoisse d’observer un être cher souffrir alors qu’il aurait pu recevoir des traitements adéquats. Mon espoir est qu’aucun autre enfant unique ne soit obligé de vivre cette perte sans qu’une voix ne s’élève pour dénoncer les vices d’un système qui devrait le soutenir.
À ceux qui perdront un proche à cause de politiques ineptes, sachez que vous n’êtes pas seuls. Votre douleur est partagée et votre souffrance mérite d’être entendue. Ensemble, formons un collectif de compassion, une alliance pour faire résonner nos histoires et dénoncer les manquements du système. Il est impératif que nous, professionnels de la santé, soyons les fervents défenseurs de l’empathie, agissant non seulement comme soignants, mais aussi comme des voix pour les sans-voix.
En réfléchissant à ce combat, je me rends compte que le véritable défi n’est pas seulement de gyriquer des politiques ou de changer des décrets, mais plutôt de restaurer l’humanité là où elle a été perdue. Mon chagrin pousse à l’action, et à chaque pas que je fais, je m’efforce de promouvoir un modèle de soin qui embrasse pleinement la dignité de chaque patient.
Je n’ai peut-être pas pu sauver ma mère, mais je peux honorer sa mémoire en me battant pour un monde meilleur, pour que chaque personnel médical sache que leur rôle dépasse largement les murs des hôpitaux, que leur influence s’étend jusqu’à la vie quotidienne de chacun. Je lui dédie ma pratique, mon engagement et ma voix.
Ainsi, à chaque fois que je me penche sur un patient, je le fais non seulement en tant que médecin, mais en tant que fils, en tant qu’homme qui a souffert, et en tant que défenseur de l’humanité. C’est un voyage empreint d’obstacles et de luttes, mais c’est aussi un chemin d’espoir que je suis déterminé à tracer, pour ma mère et pour tous ceux qui méritent d’être soignés avec dignité et amour.
Je continuerai à porter haut le flambeau de cette mémoire, tout en m’accrochant aux leçons d’empathie. Car chaque vie que nous touchons est une chance de réparation, un pas vers un monde où l’amour et l’humanité prévalent sur l’indifférence et la froideur. Je me battrai pour ma mère, pour chaque patient, et pour le futur de notre système de santé. Puisse son regard me guider, m’inspirer et me donner la force nécessaire pour transformer notre douleur personnelle en une force collective. Je ne l’oublierai jamais.
Partagez votre expérience , l’humain avant tout , car la médecine est une aventure humaine unique.
