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Interne en médecine, l’esclavagisme moderne

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Les internes sont, en France, victimes d’une exploitation bien trop sous-estimée.

Ne bénéficiant d’aucun statut propre, d’aucun encadrement légal, il n’y a par conséquent aucune limite à l’abus qui est fait de leur main d’œuvre à bas coût, principalement à l’hôpital.

En hôpital, un interne travaille jusqu’à 80 heures par semaine, jamais moins de 50 heures. Les heures supplémentaires ne sont ni rémunérées, ni rattrapées. Et pour cause : l’interne, qui reçoit, consulte,soigne, diagnostique et prescrit au même titre qu’un médecin titulaire, est considéré comme simple stagiaire et n’a par conséquent officiellement pas de nombre d’heures de travail fixe.

Il doit donc se plier aussi servilement que de besoin aux nécessités du service.

Il faut souligner que le fonctionnement des services hospitaliers repose autant sur l’effectif des internes que sur celui des médecins titulaires,appelés « seniors ».

Dans certains cas, même si la présence des seniors est une caution, le travail est parfois assumé par les seuls internes. L’exemple le plus flagrant concerne les gardes de nuit où l’interne travaille 24 heures d’affilée sans aucune pause, avec tous les risques que cela comporte.

La nuit, le senior, censé travailler au même rythme, dort dans sa chambre de garde mais « reste joignable si besoin », en sachant qu’un interne qui dérange un senior pendant son sommeil rémunéré sera considéré comme incompétent.

Cette pression écrasante oblige l’interne à tirer un trait sur sa vie personnelle, familiale et sociale pendant 3 à 5 ans.

L’interne a au mieux 6 jours de travail par semaine, au pire 29 jours par mois, le peu de temps libre servant à faire les recherches nécessaires et à écrire ce qui est demandé par la faculté. S’il ne le fait pas correctement, son semestre n’est pas validé, ce qui prolongera de 6 mois supplémentaires son calvaire.

Beaucoup sont contraints de faire ce semestre en plus, simplement parce que même en réduisant leurs nuits à 5 voire 4 heures, il n’est pas possible de rendre le travail demandé dans les temps et encore moins de rédiger la thèse en parallèle.

Cette impossibilité de répondre à tous ces impératifs est le plus souvent niée ou minimisée par les professeurs et tuteurs, qui n’ont pour la plupart pas de clairvoyance sur la réalité de la situation. Et ce, malgré les accidents de la route, parfois mortels, survenant à la sortie de gardes, après 30 heures sans sommeil.

La notion d’esclavagisme moderne, si ce terme grave doit réellement être employé, ne peut mieux concerner aucune autre profession, aucun autre statut, aucun autre contexte et cadre professionnels.

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